¡Ya Basta! Records
 
 
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“ Il n’y a pas de stratégie, et encore moins de recettes marketing. J’ai juste la naïveté de croire que si un disque est bon, ça va se savoir. Je compte sur la curiosité de chacun. ” C’est ainsi qu’est né au milieu des années 90 ¡YA BASTA!, “ en référence au sous-commandant Marcos bien sûr, mais aussi pour dire ça suffit, passons à autre chose, à la scène tek-house qui commençait à ne faire que se copier. ”

¡YA BASTA! RECORDSUn label de qualité, fondé par un artiste, PHILIPPE COHEN SOLAL qui, avant d’en arriver là, a déjà pas mal connu d’expériences qui ont façonné la curiosité de cet amoureux de musiques. Il a débuté comme réalisateur-programmateur, puis animateur, sur les fréquences des radios libérées, fut pendant trois ans directeur artistique chez Polydor, s’est illustré au tournant des années 90 dans la première vague électronique française, sur la compilation “Paris Union Recording”, a découvert Keziah Jones alors totalement inconnu,  puis a produit ensuite un album tek-house “Bass Academy”, projet finalement avorté, avant d’en revenir pour “ éponger les dettes ” chez Virgin Sound… “ Je suis devenu producteur et éditeur malgré moi. J’ai trop vu de majors saccager les projets des artistes. Si j’avais pu rencontrer la bonne personne, je n’en serai pas là. Un label, ça prend du temps. ” La durée, telle sera l’autre fil inducteur de ¡Ya Basta!.

¡Ya Basta !, c’est aussi une histoire d’amitiés, symbolisée par un Crew, décliné en de multiples identités: Boyz From Brazil, Stereo Action Unlimited, Fruit Of The Loop…Ce dont parle la première compilation du label “Rue Martel”, qui a connu un succès plus que d’estime, avec son “Hi-Fi Trumpet” qui a tout du classique, même si Philippe Cohen Solal et Christoph H Müller, son alter ego dans la plupart des projets, musicien venu de la sphère électronique suisse l’ont bel et bien couché sur le papier. Après une poignée de vinyles et une pelletée de remixes, ils publieront d’ailleurs la suite de leurs aventures intitulées “The Boyz From Brazil”. Avant que ces deux sculpteurs de sons redécollent leurs oreilles pour le projet Gotan qu’ils créent avec le guitariste Eduardo Makaroff, un Argentin installé de longue date à Paris.

Direction d’autres cieux, plus mélancoliques, du côté de l’Argentine. Quelques maxis suffisent à imposer l’improbable succès de cet autre nuevo tango sur les pistes noires du monde entier, auquel peu croyait au tout début. Depuis, ils ont creusé leur propre sillon, en publiant une suite, de moins en moins électronique, de plus en plus cinématique… Avec à la clef un chapelet de chansons qui s’inspirent des compositeurs les plus emblématiques du style portègne, celles qui font tout le cachet de « Lunático »… et puis en 2010, un « Tango 3.0 » est venu boucler ce triptyque autour de la rénovation du tango, inscrivant sur l’étendue de la Toile internet cette musique que l’on crut du passé. Dépassée ? Tout le contraire, Gotan Project ose avec cet album des rencontres inédites (entre autres avec le son de La Nouvelle-Orléans et la guitare surf) au cœur du nouveau millénaire, redonnant au tango sa qualité première : un hybride qui n’en finit plus d’étendre ses connexions.

Quinze ans pour une kyrielle de maxis et remixes, mais juste six disques labellisés Ya Basta !. Dix si l’on ajoute ceux de David Walters, un jeune homme à tout faire tout seul, signé sur le label en 2002, celui de Féloche, un drôle de musicien voyageur qui a mis une décennie à fignoler tel un artisan son premier disque, impur choc des cultures qui le place quelque part entre la Louisiane et la banlieue parisienne, et enfin celui d’El Hijo de la Cumbia, le bad boy du nouveau soundclash made in Buenos Aires. Somme toute, le catalogue affiche peu de sorties. Tout compte fait, ce choix affirme une cohérence, un label de qualité en ces temps de frénésie discographique. Moins, c’est souvent mieux. “ J’ai toujours voulu sortir peu de disques. Juste les bons. Et me donner les moyens de soigner chaque détail, à commencer par l’artwork et le visuel. ” C’est aussi cela la marque de ¡YA BASTA!. Chaque pochette, le moindre flyer, tous les clips répondent à une exigence esthétique, à des parti-pris en rupture avec les clichés. Une signature spécifique, celle du regard oblique et élégant de la vidéaste et plasticienne Prisca Lobjoy.

Le sens de ce nécessaire superflu fit la différence de cette entité qui s’épanouit au moment même où la fameuse french touch explosait les charts de la planète musique. Ya Basta! en fit partie, mais en électron libre. C’est d’ailleurs outre-Manche que le label obtiendra ses premiers soutiens, les plus fidèles et attentifs à leur univers que l’on ne peut se résoudre à classer dans un registre bien particulier. “ J’ai toujours souhaité inclure des musiques du monde entier, sans jamais chercher à faire des fusions du genre world music. ” Le menu de chaque galette se compose d’une somme d’ingrédients ajoutés avec parcimonie pour concocter une mixture au goût d’inédit. Entre science et mélodie, pour paraphraser l’appellation de leurs Editions, inspirée de William Orbit.

“ Chez ¡YA BASTA!, il y a un souci de composer, pas de simplement recycler. Nous, on voulait vraiment créer notre propre univers. Gotan Project n’aurait pu être constitué que de reprises.  Nous n’en avons fait que quelques-unes, et à chaque fois, il s’agit de repères, et encore assez flous. ” A l’image du “Chunga’s Revenge” de Frank Zappa convoqué dans le premier opus de Gotan Project… Il y aura pareilles reprises dans l’album de , « The Moonshine Sessions », entre une version imparable d’Abba et une vision improbable des Sex Pistols. Encore une galette préparée avec soin, plusieurs années d’allers et retours, de détours aussi. Du bluegrass trempé dans un drôle d’alambic : un bain de jouvence rétrofuturiste. Le futur, parlons-en justement : “ Au lieu de vouloir grossir en signant des projets à tout prix, je préfère me concentrer sur quelques projets auxquels je crois vraiment. J’ai envie d’en faire avant tout mon laboratoire d’idées, sans me prendre la tête. Ce qui ne veut pas dire que je ne suis pas ouvert aux collaborations. Bien au contraire. ” D’une référence au mouvement zappatiste à une mise en application de la théorie de la décroissance, ¡YA BASTA! a décidément de la suite dans les idées.